Je viens de recevoir tout ça par mail via l’école…
Pour résumer, Gilles Clément est le paysagiste qui a créé le parc André Citroën, c’est aussi l’auteur du « Manifeste du Tiers Paysage » et, plus recemment « Une écologie Humaniste ».
Il a donc déclaré qu’il annulait tous ses engagments avec l’Etat, qu’il juge porteur d’un projet néfaste pour la planète.
« La liberté, l’invention, la culture sont aujourd’hui en danger. »>/em>
(Interview par Eliane Patriarca)
Pourquoi cette prise de position publique ?
Je refuse de cautionner un projet qui va dans le sens d’une destruction de la planète et n’est pas conforme à ce que j’estime humainement acceptable.
En quoi ce projet vous paraît-il destructeur ?
C’est un projet ultralibéral, qui favorise la santé des entreprises plutôt que la santé humaine, où l’économie domine, où les fluctuations de la Bourse commandent, où la pollution devient une monnaie d’échange avec les droits à polluer et le marché du CO2. L’humanité est au bout d’une chaîne de fabrication et de prédation, et nous dépendons d’une diversité biologique qui est aujourd’hui réduite par notre activité et par l’arasement, à travers l’agriculture, des conditions nécessaires à cette diversité. Nous vivons en accélérant des mécanismes dévastateurs pour l’eau, le sol, l’air, les aliments, au service de la tyrannie boursière.
Mais cela n’a pas commencé le 6 mai…
Les choses étaient engagées très largement, mais il y avait encore une plasticité, des possibilités de discussion. Même si depuis douze ans, nous étions dans une sorte de laminoir nous engageant dans une voie unique. Avec Nicolas Sarkozy, on s’engage de façon absolue dans ce système ultralibéral et cynique.
Juppé est nommé ministre du Développement durable, concept que vous dénoncez…
C’est un mauvais oxymore. Comme le dit un économiste américain, dans un système fini comme celui de la planète, il faut être fou ou économiste pour imaginer un développement infini. Sous des apparences de belles idées, le développement durable sert de caution à des pratiques non écologiques. L’exemple le plus frappant, ce sont les biocarburants, qu’on présente comme «la» solution. Ce n’est que de la poudre aux yeux pour maintenir l’industrie automobile, et éviter que le choix de la voiture soit débattu. Sur un plan environnemental, c’est une aberration. Ils polluent à peine moins l’atmosphère que les carburants traditionnels, et pour faire un litre de biocarburant, il faut un litre de pétrole !

