Je me rappelle encore de ma mère qui m’expliquait qu’en maternelle, je passais ma première semaine seule, assise sur une chaise, à observer les autres, et que ce n’est qu’après ce temps d’observation que j’allais enfin vers ceux qui m’avaient l’air le plus accueillant.
Voilà à peu près les bases de ma sociabilité : avancer vers ceux qui sont le moins susceptibles de me rejeter.
Au premier abord, je n’ai vraiment rien d’une solitaire, bien au contraire. Je suis flippée, angoissée, j’ai besoin des autres, j’ai peur qu’on m’abandonne.
Et pourtant quand j’y réfléchis, la plupart de mes souvenirs d’école, de collège et de lycée sont des souvenirs de réussites scolaires, de félicitations et de discussions avec mes professeurs. Avec mes seuls amis, ça a toujours été « toi et moi contre le reste du monde », et les insultes contre nous fusaient dans tous les sens. Pourquoi ? J’en sais rien, je me suis juste fait à l’idée que, peut être, on n’appartenait pas vraiment au même univers.
Mais ces dernières années, je ne peux pas me cacher derrière cette excuse. Dans un univers où je me sens enfin épanouie et dans mon élément, je vois les projets et les groupes se créer, se construire et réussir. Et j’y suis simple spectatrice, toujours enthousiaste mais jamais participante. Faute de capacités, la facilité me pousserait à y croire, mais sans pour autant développer un talent quelconque, on ne peut pas dire que « je ne sais rien faire ».
Solitaire moi ? Merde alors, ça serait bien la première fois.
Pourtant je trace mon petit chemin toute seule. En courant tête baissée plutôt qu’en trainant les pieds. Puisant ce que je peux à droite et à gauche, sans jamais m’y ancrer.
Et c’est là où je me dis que, quelque part, j’ai sacrement merdé.
Mon truc, c’est de partager les idées, s’entrainer, s’entraider, construire un truc à plusieurs qu’à la fin, on puisse regarder avec fierté, tourner la tête et sourire à celui d’à côté, parce qu’on sait bien tous les deux tout ce que l’on a fait pour en arriver là . Notre secret, notre épreuve, notre fierté.
J’aime avoir des compagnons de jeux, de rires, de galères, et même écrire ici m’est finalement difficile car sans retours et sans réponses. Je suis pneumatique comme fille, j’ai rebondir et qu’on rebondisse.
Sauf qu’à défaut de porter sans cesse un tee-shirt arborant ces différents arguments, les choses ne vont pas d’elles mêmes.
Et là , deux Marion-merdages :
- « Hautaine », « méprisante », « froide », c’est ce que j’entendais au lycée pour me qualifier. Je me défendais avec ma timidité maladive. Plus sincèrement, avec quelques années de recul, c’était surement l’impression que je donnais. Surement par timidité, mais aussi par peur d’être rejetée si je me lançais. Et voilà comment se forger une apparence à la con.
- Honnêtement, des projets auxquels j’étais associée, il y en a eu d’évoqués. Sauf que. Pas d’aboutissement. Je pourrais rejeter la faute sur les autres, mais à force de les voir tous réussir je me dis qu’il doit y avoir un soucis dans mon coin. J’ai tellement peur de décevoir et de ne rien pouvoir apporter aux autres que je me sabote dès le départ : par manque d’investissement, de relance, d’enthousiasme, on m’oublie, et avec, la possibilité de décevoir l’autre.
Et blam, une carapace en plus, un peu comme un gros panneau ‘Ne m’approchez pas, je n’en vaux pas la peine ». Comprenez « J’aimerais trop vous rencontrer, mais peut être que vous allez être déçu, non ? ».
Comment sortir de ce putain de cercle vicieux, c’est ma grande question du moment.
Dans ces moments là , un seul un pilier concernant les projets : la réussite scolaire.
Que je conchie profondément.
Me lever le matin en me disant « youpi, aujourd’hui encore je vais travailler sur un projet auquel personne ne participera, que je ne devrais qu’à moi même et dont je pourrais être fière toute seule comme une grande », commence sérieusement à me peser.
Ok, Marion, c’est une sorte d’électron libre (qui parle d’elle à la 3ème personne le temps d’une phrase) qui bosse un peu partout et qu’on comprend jamais trop « tout qu’est ce qu’elle fait ». Sauf que Marion ça fini par l’emmerder de ne pas être plus rattachée à un projet particulier. Même que je pourrais arrêter de me disperser pour me concentrer sur un seul projet, pour un peu qu’il soit commun.
… Il y a quelques jours Il me disait encore qu’Il voulait que je fasse passer ma carrière avant Nous, avant le reste. Mais si aujourd’hui je peux donner l’impression de tout renverser, c’est pour mieux ré-équilibrer… Parce qu’au fond de moi, y a quand même un gros manque, et que j’ai vraiment besoin des autres pour me sentir bien et utile. Le savoir pour toute substance, très peu pour moi, je rêve plutôt d’expériences, de souvenirs, de choses que l’on partage… Ce côté « bête d’études » fini par me donner l’impression d’être bien vide.
Bref, tout ça pour dire que des fois, j’aimerais qu’on croie en moi.
Non pas en ce que je fais.
Mais en ce que je peux apporter aux autres et construire avec eux.


5 commentaires
Je n’ai rien à te conseiller, rien à te dire de spécial. Je te lis bien souvent ici. Ce que je peux dire aussi, c’est que sur le site, sans cette « carapace », tu es une fille géniale. Je pense que tu as déjà fait pas mal de « progrès » par rapport à avant, au niveau de ta timidité et toussa, non ? J’ai peur de dire trop de bétises, alors je vais m’arreter ici : )
Je te souhaite de ne pas perdre pieds dans cette affaire avec toi même..
Des bisous jolie Moossye
et bien si tu trouves une solution à ce « problème » ben je suis preneuse :)
Je passe pas très souvent ici, juste de temps en temps, j’aime bien ce que tu fais. Je me reconnais beaucoup dans ta description, et même si la timidité est super handicapante pour aller vers les autres, peut-être que la solution c’est de réussir à les faire aller vers toi.
Si toi tu n’oses pas, montre que tu es super réceptive, non ?
Je sais pas trop si c’est bien mon idée, enfin, si ca te convient quoi :)
Bon, ben bon courage alors, vouloir changer c’est déjà le début d’une réussite !
Je trouve ça impressionnant la manière dont tu arrives à t’analyser, te décrire, à t’avouer à toi même tes « défauts ». Parce que je me reconnais un peu dans ce que tu dis, j’ai toujours envie d’aller vers les autres, mais j’ai l’impression qu’ils n’aimeront pas ce que je suis vraiment.
Je ne suis pourtant pas timide, quand on me parle, je répond très librement, mais j’ai l’impression que les gens ne m’apprécieront pas à ma juste valeur, ou bien c’est moi qui suis trop exigeante et qui veut des gens « parfaits ».
A l’inverse de toi, cette impression de solitude je ne la comble pas en travaillant et en étant à fond dans un projet, au contraire, ça m’enfonce dans l’ennui et dans la paresse de voir les autres réussir, pendant que moi je me cherche toujours.
Je vais poursuivre la visite de ton blog, en tout cas je trouve que tu écris vraiment très bien.
je dois me répéter après ces commentaires, mais je trouve aussi que ce que tu écris est vraiment profond et intéressant, ça peut paraître banal mais je ressens ce dont tu parles dans ton article mais je n’arrivais pas à l’exprimer et je suis vraiment heureuse d’avoir lu ce que tu as écris car je crois que rien que ça ça m’a aidé à clarifier certaines choses pour moi, comme si tu avais posé des mots sur ce que moi , inconnue je ressens secrètement.
merci pour ça ;
bon courage pour la suite
Je viens de Mad’
J’atteris sur cet article, je le trouve très franc. Lucide même.
On ne se connait pas, tu es toute « neuve » à mes yeux sans carapace mais si j’avais un projet à développer j’aurai été ravie et fière de t’avoir quelqu’un comme toi dans mon équipe.
A bientôt
très heureuse d’être tombée par hasard sur ton blog…