
» Palestine, la création dans tous ses états »
Institut du Monde Arabe. (Paris)
C’est surement l’Å“uvre de Sharif Waked qui m’a le plus marquée : sur un fond noir peu éclairé, on y voit des hommes de la vie de tous les jours porter des vêtements comme dans un défilé de mode. Les créations de haute couture ont été remplacées par un prêt à porter très particulier : chaque vêtement dispose, d’une manière ou d’une autre, d’un trou au niveau du ventre.
Ce trou est le symbole de l’humiliation subie à chaque checkpoint où les Palestiniens doivent soulever leurs vêtements afin de prouver qu’ils ne portent pas de ceintures d’explosifs.
On était au courant, certes, mais la confrontation avec ses hommes à moitié dénudés nous met vite mal à l’aise et nous fait comprendre à quel point il est dégradant que des parties intimes de votre corps soit dévoilées aux yeux de tous au nom de la sécurité. Cette oeuvre balaie en quelques secondes le fameux « tant qu’on n’a rien à se reprocher on doit s’y plier sans être dérangé », et remet la dignité humaine au centre de notre pensée.

Ici, l’humanité, c’est d’ailleurs ce qui frappe et ce qui caractérise l’exposition.
Dans de nombreuses expositions d’art contemporain occidental, on peut souvent être confrontés aux Å“uvres inspirées de concept physiques, mathématiques, architecturaux… ou toute autre science.
Dans l’exposition « Palestine… » l’humain a une place centrale : chaque Å“uvre respire la (sur)vie, le quotidien, le vécu, mais aussi le désir de se battre… Les vidéos nous renseignent sur la vie de tous les jours, sur la violence du conflit, les douleurs quotidiennes, mais aussi la vie, en général, d’un peuple qui aspire à vivre normalement.
Il y a une distance beaucoup plus ténue entre l’artiste, l’Å“uvre et son contexte : tous finissent par ne faire qu’un pour devenir une partie de l’Histoire des Palestiniens, qui se battent pour continuer à l’écrire.
L’Histoire occidentale est d’ailleurs un écho assez fréquent dans différentes Å“uvres : qu’il s’agisse d’histoire de l’art (avec une reprise du travail de Bernd & Hilla Becher) ou de l’Histoire (la conquête spatiale, ici à travers l’Odyssée de l’Espace.), on ressent un désir de participer à l’Histoire générale, et de la réécrire en y incluant un nouvel état.
Le travail de Taysir Batniji, « Miradors », est d’ailleurs très prenant.
Il reprend le travail de Bernd & Hila Becher, couple allemand ayant établi une topographie des « monuments » industriels : châteaux d’eau, cheminées etc… Leurs photographies sont réalisées avec un temps de pose très long, un angle qui est toujours le même, ainsi qu’un ciel toujours semblable.
Taysir Batniji tente de reproduire ce travail dans son lieu de vie, en photographiant les monuments les plus fréquents et les plus marquants du paysage : les miradors israëliens. En résulte une série de photos souvent réussies, mais également floues, au cadrage approximatif, témoin de l’urgence et du danger de la situation.

En bref, on aborde ici les différents aspects que peut revêtir le politique au sein de l’art : chaque Å“uvre porte en elle un morceau d’Histoire et de révolte : le keffieh de Rana Bishara réalisé avec des bracelets de contention, ou encore son « Hommage à l’enfance », pièce rose et cotonneuse emplie de nuages de fils barbelés, le tapis oriental de Mona Hatoum, mité pour tracer la carte du monde, Larissa Sansour établit sa terre sur la Lune…
Les cartels parlent « d’occupation », Rula Halawani réalise une série de photos intitulée « The Wall »…
Et un air de déjà vu se diffuse, dans une inertie générale…


Un commentaire
Il y a quand même quelque chose qui ne s’explique pas !
Que fait de la gravure sur os d’animaux dans une expo d’art contemporain ?
L’auteur dit lui même que c’est une art ancestral.