Graffiti : Né dans la Rue à la Fondation Cartier (& les pixadores)



 

Parfois, je mets un bout de temps avant de me décider d’aller voir une expo. Et cette fois, c’est surement à cause de l’expo TAG (qui m’a rebutée) que j’ai eu du mal à mettre les pieds à la Fondation Cartier pour découvrir « Né dans la Rue ». Je suis bête et un peu butée, je sais.
Grand bien m’en a pris, on y resterai des heures avec le plus grand plaisir.


 
Avant même de passer la porte de la Fondation Cartier, le lieu annonce déjà la couleur : les pictogrammes de vélo au sol ont été redécorés de pois rouges, les murs sont recouverts de graffitis jusqu’aux fenêtres… Un graffeur est en train de finir sa création dans un coin, pendant que des jeun’s en nike violettes et lunettes de Kanye West posent devant les murs colorés….
C’est le bordel, et c’est agréable.
Même plus rassurant qu’un lieu un peu « austère », car, même si j’adore l’art contemporain, il faut avouer que certaines entrées de galeries vous font hésiter : Est ce bien ici ? Le vigile va-t-il me sauter dessus si je parle trop fort ? Bref, j’ai aimé ce joyeux bordel.

 
L’ambiance continue : graffitis sur les murs et le plafond, couloirs à disposition de n’importe quel marqueur qui passerait dans le coin (et ils s’en sont donnés à cÅ“ur joie !).
Le sous sol est réservé à une exposition à la fois historique et documentaire sur la naissance du graffiti à New York, dans les années 70′s. Outre le côté très intéressant et très instructif de cette partie, il y a encore plein de choses à dire :
Tout d’abord, la première chose qui m’a marquée dans cette exposition, c’est la diversité des spectateurs et leur implication dans la visite. Je dois avouer qu’il est assez rare de voir autant de diversité d’âges, de milieux et de style en une seule salle.
En plus, (et là, c’est mon passé de chargée des publics qui parle.), chaque spectateur semblait « avoir quelque chose à faire ».
Qui n’a jamais fait partie d’un groupe ou fait une médiation à un groupe dont certains trainaient les pieds ? Chacun était ici plongé dans une lecture, dans la description d’un graff, dans la recherche des signes qu’il pouvait reconnaitre… Il y avait une bande de gamins en train de graffer leur nom sur des cahiers, deux ados qui contemplaient le matériel des graffeurs en comptant ce qu’ils possédaient chez eux et s’interrogeant sur la tenue de telle ou telle encre…

 
La lecture des cartels nous rappelle également que la question du graffiti dans le monde de l’art n’est pas un « problème » daté de 2009.
En effet, on entend souvent dire que la question est apparue il y a quelques années, que les galeries commencent « Ã  peine » à s’intéresser à cette création… Or, on nous parle ici des premières galeries new-yorkaises qui, à la fin des années 70, commencèrent déjà à se spécialiser dans la collection et l’exposition de graffitis.
Bien sur, il y a toujours cette question du graffiti sorti de son contexte et déplacé d’un environnement urbain (et illégal) à un espace qui lui est dédié, où, encore plus que « légal » il est considéré comme « objet d’art ». Je me pose moi aussi la question, mais pour l’instant, je n’ai pas de quoi en faire un article, puisque mes « réponses » ne sont en réalité qu’une suite d’autres questions.
Et puis le propos de l’exposition n’est pas vraiment ici.

 
En fait, on pourrait vraiment voir cette exposition comme quelque chose de beaucoup plus anthropologique / sociologique qu’artistique. Et, (je m’avance peut être sur un terrain glissant), je pense que c’est ce qui fait la force de cette expo, contrairement à TAG! au Grand Palais, qui reprenait trop les codes de l’art contemporain et des galeries.
Ici l’espace a vraiment été pensé comme quelque chose de différent, et la scénographie m’a rappelé des choses plus proches de la Cité de l’Architecture que d’un centre d’art : on tente avant tout de comprendre les origines d’une création plutôt que de lui donner le statut « d’Å“uvre ». Il y a vraiment toute une culture à comprendre, toute une pensée, qui prouve qu’elle a sa place dans la culture contemporaine.

 


Au rez de chaussée, une salle est réservée à la projection de films, et, chance inouïe, je suis arrivée en plein milieu du documentaire que je désirais voir : PIXO, de João Weiner sur les Pixadores de Sao Paulo, dont un extrait est disponible sur dailymotion.

 
Et plus je lis sur la « blogosphère » des avis négatifs sur ce film & ses sujets et sur l’expo en général, plus ça me donne envie d’en parler…

 
Le documentaire porte donc sur les pixadores, des  » » graffeurs  » » brésiliens qui ont commencé à peindre les immeubles il y a plusieurs dizaines d’années. Ce sont les  » » graffitis  » » des habitants des favelas déshéritées.
Tout est en verticale, et l’action est dangereuse : leur but est d’escalader des dizaines d’étages pour enfin pouvoir peindre leurs messages / leurs noms sur la façade des immeubles.
Lorsque l’on voit la ville ainsi « modifiée » et les commerçants en colère, on se sent évidement mal à l’aise d’être fasciné par le reportage.
Puis vient l’intrusion des Pixadores dans une école des beaux arts, lors d’une exposition de fin d’année. On y voit rapidement quelques tableaux (que l’on a vu plus ou moins une centaine de fois dans des endroits et ateliers différents), avant que les pixadores ne débarquent et envahissent l’école de leurs dessins : murs, portes, fenêtres, tout y passe. (le générique du film défilera d’ailleurs sur des images de leur intrusion à la 28eme biennale de Sao Paulo.)

Malaise encore, certes. Puis l’on entend les étudiants réclamer la « prison » pour ces « connards qui se prennent pour des artistes de merde ». Et débarque alors le directeur des beaux arts qui, pour démonter l’action des pixadores, définit sa vision de l’art : il parle alors du beau, et cite des exemples du « beau » : un coucher de soleil, une lumière… Mais pour lui, ce qui est « revendicatif », c’est « de la merde » et mérite « la prison »…
Et pendant ce petit moment là, on ne peut s’empêcher de se dire qu’heureusement qu’une pensée contraire à ce type de discours tente encore de se faire entendre.

 
Je pourrais encore vous parler de l’expo, du jardin avec une grande fresque d’Obey Giant, mais je vais m’arrêter ici, avec une petite phrase entendu lors du générique : « Je ne sais pas si j’ai envie que cela soit considéré comme de l’art, il y a tellement de belles choses qui ne sont pas de l’art… »

 

2 commentaires

  1. Je suis Léo

    OMG, je crois que j’aurais adoré !

  2. Moossye

    Je ne sais pas où tu habites, mais si tu passes par Paris, ça vaut le cout, l’expo est prolongée jusqu’au 10 Janvier =)

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