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Traitement médiatique de Game Story : un retour du clivage haute culture / basse culture ?

Depuis l’inauguration de l’exposition Game Story, au Grand Palais, je tente de suivre comme je peux les articles publiés au sujet de cet évènement, et un phénomène me surprend beaucoup, et m’inquiète également : l’utilisation du champ lexical du « prestige ».

Le Grand Palais y est un « haut lieu », un « lieu de prestige », les arts se voient écrits avec une majuscule et au singulier, on lit le retour de la « légitimité », on parle même « d’art numérique » sans trop savoir ce que l’on y met derrière… Ces expressions sont assorties de marqueurs temporels, qui se résument en un mot : « Enfin! ». L’attente semble avoir été longue.
Mais de quoi ?
De reconnaissance. C’est le mot le plus souvent employé pour décrire ce phénomène de plus en plus courant d’expositions de jeux vidéo (et non de jeux détournés par des artistes, ou d’oeuvres inspirées par l’univers du jeu) dans les musées et autres institutions culturelles.

Alors que l’on se bat aujourd’hui pour mettre à mal la notion de « légitimité », et cette vision « verticale » de la culture (une culture haute VS une culture basse), qui rend parfois les musées si intimidant, c’est ici cette différence qui est utilisée comme une stratégie pour « hisser » le jeu vidéo vers les « hautes sphères culturelles ». Cette course à la reconnaissance, à la respectabilité réactive au passage ce clivage… Car s’il y a des lieux de prestige, il y en a donc qui n’en sont pas. S’il y a des « Arts majeurs », il y a donc des « arts mineurs », et ainsi de suite… Alors qu’on entend encore que les musées « c’est chiant », « c’est poussiéreux », voilà qu’on utilise cette même image pour se donner un air plus sérieux, plus respectable ?

Et pourtant, la question de l’exposition de jeux vidéo dans les institutions pourrait justement servir à questionner ces clivages, à les mettre à mal, et à repenser les expositions, ne serait ce que par l’autorisation qui nous est (enfin) donnée de toucher les objets exposés, ou par le bruit qui emplit les espaces, d’habitude silencieux et où les chuchotements sont de rigueur…

On pourrait étendre cette réflexion à la sempiternelle question « le jeu vidéo est il un art ? ». Alors que tout le monde s’étripe depuis des siècles sur la définition de l’art, on aurait pu espérer que les relations entre le jeu vidéo et la création artistique permettraient de penser la question d’une manière détournée et plus fructueuse…

Bien sur, on peut comprendre ce besoin, cette attente de reconnaissance, au vu du traitement qui est souvent fait du « gamer lambda », mais tout ce vocabulaire est il bien nécessaire ? Il est agréable de voir nos passions exposées, mais doit on se parer de dorures pour autant ?

Personnellement, ce qui me plait dans les expositions de jeux vidéo, ça n’est pas de mettre ma passion sous cloche ou dans une vitrine pour qu’elle paraisse plus noble. Ce qui me plait, c’est de voir enfin un peu de bordel et de chahut dans des endroits souvent bien trop calmes.

 

4 commentaires

  1. Nyöw

    Et ben je sais de quoi on va parler prochainement devant un thé moi !

  2. Très bien, Marion. J’approuve et j’abonde, quoique je ne sois pas gamer. J’essaierai de relayer ces idées Lundi. A bientôt.

  3. Sébastien Hock-koon

    Cela me fait penser à une chronique que j’ai lue. En 2004, Olivier Séguret écrivait dans Gaming n°3 « pour vivre heureux, jouons cachés ». Déjà, il s’interrogeait sur ce que la reconnaissance du jeu vidéo comme « phénomène sociétal » ou « art » nous ferait perdre, à nous autres gamers.

    « Aujourd’hui que sa cause est en passe d’être entendue, on se demande si, plutôt qu’être mal comprises, il ne vaudrait pas mieux en barricader les mystères ».

    C’était il y a 7 ans. Regarder un jeu vidéo derrière une vitrine dans un musée, c’est peut-être un peu comme toucher une peinture les yeux fermés.

  4. Je parcours le blog et je trouve la réflexion très intéressante. Surtout que j’ai moi même visité l’exposition et qu’à l’entrée je me serais crû dans l’attente pour l’expo Picasso. Par contre une petite vidéo à proposer qui rejoint ce questionnement :

    http://www.dailymotion.com/video/xh6e42_le-jeu-video-est-il-l-avenir-de-l-art_videogames

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